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Le sujet

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Le sujet, c’est l’être humain conscient de sa valeur absolue en tant que personne. La notion de sujet implique la reconnaissance de soi comme valeur inaliénable.

C’est cette reconnaissance qui permet au sujet d’échapper à sa marchandisation, à son devenir-chose ou objet.

Le sujet n’est pas l’individu anonyme perdu dans la masse.

De nos jours, on n’emploie plus le mot personne : le structuralisme est passé par là.

Le mot sujet montre qu’il y a une dimension d’aliénation et d’asservissement à la société : ici, ce sont les conséquences du freudisme et de son concept d’inconscient.

Se pose alors pour le sujet la question de sa liberté psychologique : celle-ci est restreinte, car le seul fait d’être conscient n’est plus suffisant pour fonder la liberté.

Certes la conscience apparaît comme la condition nécessaire de la liberté.

Toutefois, certains en viennent à regretter l’innocence du monde animal, car ils ne veulent pas assumer la responsabilité inhérente à la liberté humaine.

On trouve déjà chez Rousseau l’expression de cette nostalgie : « Puisque toutes nos erreurs viennent de nos jugements,  il est clair que si nous n’avions jamais besoin de juger, nous n’aurions nul besoin d’apprendre; […] nous serions plus heureux de notre ignorance que nous pouvons l’être de notre savoir. » Émile, ou de l’Éducation.

C’est dire le degré de confusion de notre époque.

Les nouvelles maladies de l’âme

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Anorexie, boulimie, dépression, conduites addictives, le nouveau sujet, lorsqu’il ne peut plus remplir les exigences de performance de la société hypermoderne, tombe malade et c’est son « âme » qui est affectée, c’est-à-dire sa volonté, ses sentiments, ses représentations intellectuelles.

La société hypermoderne produit deux « types idéaux » (l’expression est du sociologue Max Weber) d’individus : les « winner » et les « loser ».

Les premiers sont dans l’excès, dans la performance, dans la recherche de l’exploit : ce sont les « héros » de la société hypermoderne.

Les seconds sont les exclus, les perdants, sauf que l’on peut passer d’un statut à l’autre en une fraction de seconde (nombreux exemples dans les médias).

Les anciens Romains disaient : « Près du Capitol se trouve la roche tarpéienne » (en latin Arx tarpeia Capitoli proxima). C’était une crête rocheuse d’où l’on précipitait les condamnés à mort. Le proverbe veut dire que la déchéance se trouve tout près du sommet des honneurs (se reporter encore à l’actualité récente pour des exemples).

Le sujet hypermoderne semble redécouvrir une vérité ancienne : pas étonnant, étant donné son ignorance crasse du passé, sa négation de la flèche du temps, synonyme de mort.

Pourquoi pas hypermoderne ?

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Selon la sociologue Nicole Aubert (interview ici) , l’hypermodernité succéderait à la postmodernité dans les sociétés occidentalisées.

Dans ces sociétés les individus seraient soumis à des injonctions contradictoires (Vincent de Gaulejac) : d’une part se soumettre à la société de « l’hyperconsommation », ce qui conduit à les instrumentaliser, à les objectiver et d’autre part devenir plus sujet, plus individu, en s’affirmant davantage.

L’exacerbation de ces contradictions caractérise l’hypermodernité.

« La société hypermoderne est une société où tout est exacerbé, poussé à l’excès, à l’outrance même : la consommation (Gilles Lipovetsky parle d’hyperconsommation), la concurrence, le profit, la recherche de jouissance, la violence, le terrorisme (on parle d’hyperterrorisme), le capitalisme (Laurent Fabius parlait récemment d’ « hypercapitalisme »). Elle est le produit de la mondialisation de l’économie et de la flexibilité généralisée qu’elle entraîne, avec ses exigences de performance, d’adaptabilité et de réactivité toujours plus grandes, induisant une modification profonde de nos comportements, une impossibilité de vivre des valeurs de long terme.  » (Nicole Aubert citée en partie par Wikipedia)

Nous y sommes en plein : avec la fin des « grands récits » régulateurs du social, il ne reste plus que des rapports de force, rapports qui seront exacerbés bientôt par la crise mondiale. La morale, les valeurs sont tombées en désuétude (Gilles Lipovetsky parle du « crépuscule du devoir »).

Rappelons que cette crise n’a pas les caractères des précédentes, puisqu’elle combine une crise du capitalisme avec une crise écologique qui met en question notre existence en tant qu’espèce animale sur la planète.

Les amarres ont été rompues : le bateau ivre vogue sur un océan déchaîné …

Le sujet contemporain est-il postmoderne ?

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Le mot vient de l’art contemporain.

Selon Wikipedia, il désigne un mouvement artistique initié et théorisé par Charles Jencks en 1975, qui voulut rompre avec le courant moderniste en architecture et en urbanisme.

Le mot fut utilisé pour la première fois en philosophie par Jean-François Lyotard dans La condition postmoderne, publié en 1979 aux Éditions de minuit.

En philosophie, la modernité commence avec Descartes et le Cogito, comme fondement de la certitude absolue.

La philosophie de Descartes prend acte de la transformation de la vision géocentrique du monde grâce aux découvertes astronomiques de Galilée. Ce fut certainement pour les intellectuels de cette époque une crise aussi profonde que celle que nous traversons aujourd’hui.

Descartes affirme la puissance de la Raison et sa capacité à nous rendre maître de nous-mêmes et de la nature. Il renoue avec le naturalisme antique en rompant avec la philosophie chrétienne occidentale pour qui l’ordre de la grâce était supérieur à l’ordre de la raison. En effet, de par le péché originel, la Raison seule est incapable d’assurer à l’homme son salut et de nous faire accéder aux vérités surnaturelles. Il y a une infériorité de la Raison pour la philosophie chrétienne, tant sur le plan moral que sur le plan épistémologique.

La remise en question du plan épistémologique jeta des doutes sur le plan moral, ce qui permit l’autonomisation de la Raison, fondement de la vie moderne.

Chez Descartes, la fin de la vie morale n’est plus le salut, mais le bonheur (qu’il nomme contentement dans le Discours de la méthode).

Dans la philosophie postmoderne, c’est le fondement subjectif et rationnel lui-même qui est ébranlé : il n’y a pas de sujet-substance, fondement de l’identité ou de l’être, et la Raison ne fixe plus aucune fin éthique : elle peut même se réduire à être un simple instrument au service du Mal (Cf. Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz).

Le sujet postmoderne n’est plus source et principe de son existence, mais est assujetti à des discours et pratiques sociales qui le définissent : d’où le recours massif au concept d’inconscient freudien dans la philosophie postmoderne.

Il n’est pas constituant, mais constitué.

La philosophie postmoderne remet en question le rationalisme sous toutes ses formes, ainsi que l’humanisme qui en est la conséquence.

C’est l’une des faiblesses de cette philosophie sur le plan moral et politique, comme le souligne Christopher Butler dans “Postmodernism, a very short introduction”.

La philosophie postmoderne apparaît comme une version contemporaine du scepticisme antique.

Les nouveaux sujets

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Ayant assisté hier à une conférence de Marcel Eydoux, psychanalyste, psychologue clinicien, membre de l’Association Cause freudienne, j’ai été ravi d’entendre que ce que je racontais dans mes blogs ne me concernait pas personnellement, mais touchait à de nombreuses problématiques contemporaines propres aux nouveaux sujets.

Les symptômes sont la réponse d’un sujet à la question du désir de l’Autre (‘Che vuoi ?’ Que me veut-il ? Que me veut-elle ?), lorsque manque la métaphore paternelle, qui arrache le sujet à « la loi de la mère » (Geneviève Morel).

Cette absence de métaphore paternelle place le sujet du côté de la psychose ou des états-limites…

Sans métaphore paternelle, le désir de l’Autre fait énigme et angoisse le sujet qui se met à fuir – ou fait appel à la loi – pour mettre à distance ce qui l’inquiète et qui est sans réponse dans son système de représentations mentales …

Or de nos jours, avec la fin du patriarcat, la métaphore paternelle fait défaut : les hommes apparaissent de plus en plus comme de pauvres hères, qui se réfugient dans les jupes de leur mère, soeur ou femme …

Il y a le savoir qui tient lieu de suppléance au manque dans l’Autre, mais ce savoir a pour fonction de boucher un trou et est insuffisant à calmer l’angoisse …

Nous avons donc des nouveaux sujets angoissées, qui ne savent pas ce qui les angoissent, destructeurs, sadiques, violents, qui ne supportent pas le jeu des masques de la vie sociale, dont ils dénoncent l’hypocrisie …

Bref, une immense tension est en train de s’accumuler, qui peut exploser à tout moment …

Rien ne pourra apaiser cette tension, à moins de changer de société, de mode de production et d’échange … à moins de trouver une institution qui remplace le père mort et fait fonctionner la métaphore paternelle …

Ces institutions existent déjà : ce sont les religions, en particulier les religions monothéistes.