La fin du patriarcat

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La fin du patriarcat et le triomphe du néolibéralisme sont les deux événements fondateurs de la subjectivité postmoderne.

Le patriarcat aurait commencé au néolithique selon la romancière et essayiste paléontologue Françoise d’Eaubonne et se serait achevé à la Révolution française.

« En coupant la tête à Louis XVI, on a coupé la tête à tous les pères » disait Balzac.

Pour les théoriciens du droit divin, le Roi tenait son autorité de Dieu. Ces théoriciens s’appuyaient sur une citation de Saint-Paul : « tout pouvoir vient de Dieu » (Epître aux Romains 13,1 et suivants).

La Révolution française a jeté à bas l’autorité du Roi, et depuis lors les Français auraient tendance à vivre dans la culpabilité de ce meurtre (d’où l’expression de République monarchique pour qualifier le régime présidentiel de la Ve République)  et la tendance à le répéter, tendance qui montrerait que nous avons affaire là au réel de la condition historique…

La fin du patriarcat, ajoutée à l’allongement de la durée de la vie (l’espérance de vie des hommes est passé de 43 ans en 1900 en France à 79 ans en 2000) provoque des troubles identitaires chez les garçons et rend pour eux l’adolescence interminable, ce qui peut amener à des incidences pénales, dans une société comme la société française où 25% des détenus sont considérés comme des délinquants sexuels.

La nature ne peut répondre à cette question : qu’est-ce qu’être adulte ? Pas plus qu’elle ne peut répondre à la question : qu’est-ce qu’être humain ? Les déterminations naturelles ne s’appliquent pas entièrement à l’espèce humaine comme le montre la variabilité des us et coutumes à la surface de la planète. En effet, est naturel ce qui se répète partout à l’identique (définition aristotélicienne)

La question semble moins se poser pour la femme qui considère qu’elle est devenue adulte lorsqu’elle est devenue mère… D’où les problèmes qui apparaissent quand la maternité n’est pas assumée, comme dans les dénis de grossesse …

Les féministes, en dénonçant dans le patriarcat la forme de l’oppression sociale des femmes et en rêvant d’un Âge d’or préhistorique où les sociétés humaines étaient matriarcales, c’est-à-dire dominées par les femmes, ont contribué à la fragilité identitaire des hommes contemporains…

Selon elles, les preuves archéologiques du matriarcat primitif seraient ce qu’on a appelé par dérision les Vénus, c’est-à-dire des statuettes de femmes aux formes callipyges…

Les féministes les plus radicales voudraient mettre fin aux restes du système patriarcal et rétablir le matriarcat primitif, ce qui amènerait la fin des guerres, des violences, qui dans leur raisonnement reposerait ultimement sur le désir d’appropriation des femmes par les hommes. L’origine de la propriété privée, pour parodier Rousseau, serait l’appropriation des femmes…

Admettons leurs raisonnements : si nous les suivons jusqu’au bout, une nouvelle forme d’oppression apparaîtrait : celles des hommes par les femmes !

En effet, il est impossible de rendre égaux (autrement que l’égalité formelle du droit) des êtres qui sont anatomiquement différents.

La différence anatomique est telle qu’elle donne un avantage réel aux femmes dans le rapport à la jouissance : c’est ce que montre Lacan dans le séminaire « Encore ».

Ce secret, les femmes ne veulent surtout pas le divulguer : le mythe de Tirésias montre ce qu’il en coûte de dévoiler le secret des femmes dans le rapport à la jouissance.

Cette jouissance supplémentaire qui fait que la femme « n’est pas toute phallique » constitue une vraie menace pour toute société humaine…

Un exemple emprunté à la mythologie grecque nous permettra d’illustrer ce « pastoute » : il s’agit du désir d’inceste de Jocaste pour son fils Œdipe … N’est-ce pas Jocaste qui désire un fils malgré l’oracle ? N’est-ce pas Jocaste qui le fait exposer au lieu de le mettre à mort ? Ne le reconnaît-elle pas la première et malgré cela engendre avec lui … ?

Cet aspect du mythe est généralement occulté, tant l’inceste fait horreur…

Comment une société matriarcale gérerait l’interdiction de l’inceste au fondement des sociétés selon Lévi-Strauss ?

Le matriarcat est loin d’être la panacée à tous nos maux sociaux. Robert Graves, dans son introduction aux mythes grecs, montre la violence du matriarcat, qui repose souvent sur des sacrifices humains.

Lacan montre (dans l’article de 1938 pour l’Encyclopédie française) que le lien fusionnel à la mère produit des fantasmes de démembrement ou bien des fantasmes d’ensevelissement, que si le signifiant phallique ne vient pas ébarber ce lien, alors le fantasme est agi dans la psychose (pas de castration symbolique qui met en place le désir).

Peut-on vivre sous la Loi de la Mère ? Faut-il réinventer du lien social sans retomber dans les excès du patriarcat ? N’y a-t-il de civilisation que patriarcale ? Tels sont les enjeux de la clinique contemporaine …

La clinique des nœuds borroméens de Lacan semble nous donner une direction à rechercher, à condition de bien en saisir la signification …

Les nouveaux sujets

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Ayant assisté hier à une conférence de Marcel Eydoux, psychanalyste, psychologue clinicien, membre de l’Association Cause freudienne, j’ai été ravi d’entendre que ce que je racontais dans mes blogs ne me concernait pas personnellement, mais touchait à de nombreuses problématiques contemporaines propres aux nouveaux sujets.

Les symptômes sont la réponse d’un sujet à la question du désir de l’Autre (‘Che vuoi ?’ Que me veut-il ? Que me veut-elle ?), lorsque manque la métaphore paternelle, qui arrache le sujet à « la loi de la mère » (Geneviève Morel).

Cette absence de métaphore paternelle place le sujet du côté de la psychose ou des états-limites…

Sans métaphore paternelle, le désir de l’Autre fait énigme et angoisse le sujet qui se met à fuir – ou fait appel à la loi – pour mettre à distance ce qui l’inquiète et qui est sans réponse dans son système de représentations mentales …

Or de nos jours, avec la fin du patriarcat, la métaphore paternelle fait défaut : les hommes apparaissent de plus en plus comme de pauvres hères, qui se réfugient dans les jupes de leur mère, soeur ou femme …

Il y a le savoir qui tient lieu de suppléance au manque dans l’Autre, mais ce savoir a pour fonction de boucher un trou et est insuffisant à calmer l’angoisse …

Nous avons donc des nouveaux sujets angoissées, qui ne savent pas ce qui les angoissent, destructeurs, sadiques, violents, qui ne supportent pas le jeu des masques de la vie sociale, dont ils dénoncent l’hypocrisie …

Bref, une immense tension est en train de s’accumuler, qui peut exploser à tout moment …

Rien ne pourra apaiser cette tension, à moins de changer de société, de mode de production et d’échange … à moins de trouver une institution qui remplace le père mort et fait fonctionner la métaphore paternelle …

Ces institutions existent déjà : ce sont les religions, en particulier les religions monothéistes.

Ce site expose quelques cours pour les terminales générales du Baccalauréat français, et les textes de quelques conférences que j'ai pu faire devant un public adulte