Cours

Download PDF

Je mets au fur et à mesure certains de mes cours pour les classes terminales en ligne. Vous les trouverez dans le menu Cours dans la barre de menus sous la bannière. N’hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires.

BP

Christianisme

Download PDF

Le christianisme est un trait culturel fondamental de l’Occident. On devrait dire les christianismes, tant il existe des divergences entre les différents courants. Cependant, on peut résumer la vison chrétienne de l’Histoire en disant qu’elle est l’héritière du messianisme juif, mais mâtinée de gnosticisme. Le monde dans lequel nous vivons est soumis irrémédiablement aux forces du Mal. Aucune action humaine ne peut vaincre cette adversité. Seul le Messie, à son retour, restaurera la paix et la justice. Les Chrétiens (toutes obédiences confondues) sont dans l’attente de ces événements : ils sont agités entre la crainte et l’espoir.

Avec la sécularisation, ce messianisme est passé dans les idées progressistes, même si  à l’heure actuelle, les différentes crises que traverse notre civilisation créent un sentiment pessimiste.

Anthropologie

Download PDF

Il s’agit d’étudier l’être humain concrètement par l’observation. En quoi l’objet de l’anthropologie est différent de l’objet de la psychosociologie ?

L’anthropologie ajoute une dimension historique par rapport à la psychosociologie : cette dernière traite l’être humain au présent, alors que la première va chercher dans le passé de l’homme actuel de quoi comprendre son présent, car le présent n’est pas l’instant, mais ce qui s’actualise d’un passé jamais dépassé, toujours présent dans sa présance même.

La vision dialectique hégélienne du présent est un simple schéma intellectuel. Comment le passé peut être à la fois aboli et conservé (sens de l’Aufhebung hégélienne). Le passé, c’est ce qui insiste pour exister.

L’anthropologie physique est une branche de la biologie qui étudie les traits spécifiques de l’espèce humaine.

L’anthropologie culturelle étudie l’être humain dans sa différence spécifique, dans ce qu’il ajoute à la nature comme objets de par son activité productrice.

Pour comprendre les rapports – philosophiques – de l’anthropologie à la philosophie, il faut se rapporter à l’ensemble de l’œuvre critique d’Emmanuel Kant. Pour notre auteur, les trois questions fondamentales de la philosophie,

– que puis-je savoir ?

– que dois-je faire ?

– que m’est-il permis d’espérer ?

se ramènent à une seule : « Qu’est-ce que l’homme ? »

Capitalisme du désastre

Download PDF

« L’homme d’affaire est contre-nature » (Aristote, Éthique à Nicomaque).

Nous sommes rentrés dans le deuxième volet de la crise économique provoquée par l’expansion de l’économie de la dette (près de 600 000 milliards de dollars de produits dérivés selon certaines estimations).

En 2008, les États ont emprunté de manière massive pour empêcher l’effondrement du système financier international. Les banques qui se sont refait une santé financière crient aujourd’hui à l’endettement massif des États : c’est la crise de la dette souveraine. Les marchés exigent des plans de désendettement massifs qui consistent essentiellement en des gels des salaires, des retraites du secteur public. C’est la stratégie du choc décrit par Naomi Klein.

Couverture

L’auteur décrit comment le « cône sud » a été le laboratoire dans les années 70 des idées ultra-libérales de l’école de Chicago fondée par Milton Friedman, père de « l’anarcho-capitalisme ».

C’est désormais la même stratégie qui est appliquée aux pays de la vieille Europe.

Les peuples européens trouveront-ils la résistance nécessaire pour mettre fin à cette « stratégie du choc » ?

Spécisme

Download PDF

Il y aurait beaucoup à dire sur le spécisme, défini dans Wikipedia comme « une forme de discrimination concernant l’espèce, mise en parallèle avec toutes les formes de domination d’un groupe sur un autre comme le racisme (discrimination concernant la race) ou le sexisme (discrimination concernant le sexe) ».

Le terme a été popularisé par le philosophe Peter Singer dans son livre La libération animale.

Les fondements du spécisme sont encore l’idéologie judéo-chrétienne : l’homme est le sommet de la Création selon La Genèse 1:26 :  » Et Dieu dit:
—Faisons les hommes pour qu’ils soient notre image, ceux qui nous ressemblent. Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux sur toute la terre et sur tous les reptiles et les insectes. » (traduction la Bible du Semeur).

Dans ce court texte d’une importance cruciale, nous avons le fondement de la mentalité des Occidentaux : l’homme (ie l’espèce humaine) a été créé à l’image de Dieu. Si tout a été créé selon ce mythe fondateur de la civilisation occidentale, seule l’espèce humaine a été créée à l’image de Dieu. Elle jouirait donc d’un privilège extraordinaire qui se traduirait par une mission fondamentale : dominer les autres créatures.

Or dominer signifie exploiter selon les besoins de l’homme.

Comparé au mythe biblique, le mythe de Protagoras exposé par Platon est plus humaniste. Il souligne la faiblesse intrinsèque de l’homme qui a dû inventer la technique pour suppléer aux défauts de la nature.

L’antispécisme est accusé d’antihumanisme par ses détracteurs : de fait, si l’on considère l’homme comme une espèce animale parmi les autres, on le désacralise, on lui fait perdre sa position d’exception. C’est comme si on portait atteinte à la dignité humaine.

Le Travail

Download PDF

Notre civilisation repose sur une véritable religion du travail. Le mot « religion », selon une certaine étymologie proposée par Cicéron, viendrait du latin religare qui signifierait relier, attacher, lier. Le lien serait à deux dimensions : vertical (entre les hommes et les divinités) et horizontal (les hommes entre eux). Pour nous autres, la référence serait la Bible : « tu travailleras à la sueur de ton front » (Genèse 3:17) et « que celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus » (Saint-Paul, 2 Thessaloniciens 3:10), mais que dire des Chinois ou des Indiens dont la culture ne repose pas sur la Bible ?

Pour nous autres occidentaux, il semblerait que le travail n’existât que pour sanctifier notre vie dans la peine et dans l’effort. Selon Max Weber, dans son étude célèbre sur L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, « la répugnance au travail est le symptôme d’une absence de la grâce ». Le travail n’existerait que pour rembourser la dette infinie que nous avons contractée envers Dieu.

Mais c’est là une interprétation erronée des Écritures. Ce qui sanctifie c’est l’œuvre et non le travail.

Le travail est une malédiction, la conséquence directe du péché originel. C’est le repos (le fameux Shabbat) qui est sanctifié. « 2Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite: et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. 3Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant. » (Genèse, 2:2-3, traduction Louis Segond)

L’idéal biblique pour l’homme est celui de gardien, de surveillant ou pasteur : « 15L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. » (Genèse 2:15, trad. Segond)

Travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive est donc contraire à l’idéal biblique. Notre civilisation a donc perverti cet idéal en faisant du travail une religion du sacrifice, un rite sacrificiel, une forme de rédemption, comme si l’homme devait son salut à son mérite et non à la Grâce. Plutôt mourir au travail que de ne pas travailler : les cas de suicides dans les entreprises (Cf. cet article du Monde pour les SSII) montre jusqu’où va l’absurdité de cette logique.

Dans nos sociétés libérales où le travail est devenu un nouveau dieu, nouveau Moloch, on (le fameux « On » de Heidegger) essaie de culpabiliser les chômeurs, les malades, de stigmatiser les uns  comme « paresseux », les autres comme simulateurs …

Les premiers européens qui rencontrèrent les Indiens d’Amérique furent scandalisés par ce qu’ils appelaient leur « paresse » et se mirent aussitôt à vouloir les faire travailler avec les conséquences que l’on sait …

Dans les sociétés dites premières, le temps de travail est strictement limité à la reproduction de la force de travail.

Dans nos sociétés modernes le travail est aliéné, c’est-à-dire que l’individu ne travaille plus pour lui-même, mais pour autrui, pour un autre (alienus).

Cette aliénation du travail n’est rendu possible selon Pierre Clastres (La société contre l’État, p. 169) que par l’instauration de relations de pouvoir dans la société, que par la division de la société entre dominants et dominés.

Le travail salarié n’est que la reconduction de l’esclavage ou du servage sous une autre forme.

Dans nos sociétés, les maîtres capitalistes ne travaillent pas : ils ont des activités, ils s’occupent.

En cela, nous sommes aussi les héritiers des cultures grecques et romaines.

Hannah Arendt montre bien dans Condition de l’homme moderne (p.124) que ces civilisations disposaient de deux mots différents qui renvoyaient à deux activités sociales différentes là où en français il ne subsiste qu’un seul mot : ponein et ergazesthai, laborare et operare. Les premiers désignaient les activités pénibles causant de la souffrance et généralement réservées aux esclaves comme les travaux des champs, l’exploitation des mines, alors que les seconds désignaient le travail des artisans. D’ailleurs dans le texte précité de Saint-Paul, c’est le mot ergazesthai qui est employé.

Il faut se libérer du travail et non se libérer par le travail : la société de demain sera une société d’artistes/artisans qui feront des œuvres et qui ne travailleront plus.

L’idée de nature

Download PDF

On ne peut comprendre l’homme occidental sans comprendre son rapport à la Nature.

L’homme occidental, avec Galilée, a dépouillé la Nature de toutes ses qualités occultes, pour en faire un matériau brut, soumis à des lois mathématiques, et exploitable à volonté.

Par là, il ne faut qu’obéir à l’impératif catégorique de La Bible : « Soyez féconds, multipliez vous , remplissez la terre et assujettissez là » (Genèse, 1,28).

Selon le théologien catholique allemand Eugène Drewermann, partisan de l’écologie profonde, il faut voir dans cet impératif biblique la cause du pillage de la Nature.

Le site SOS-Planète liste les ressources non renouvelables qui sont en train de disparaître du fait de l’activité humaine.

Descartes n’a rien inventé ! Il ne fait que développer le dualisme fondateur de notre civilisation, avec des conséquences que les plus perspicaces de ces contemporains virent immédiatement : si les animaux n’ont pas d’âme, il se pourrait aussi que l’âme humaine fût matérielle, ce qui donna la thèse des Hommes-Machines de La Mettrie.

La Nature des Occidentaux n’est pas une nature magique : c’est juste un ensemble de ressources destinées à être exploitées.

Nous manquons de respect envers la Nature parce qu’elle n’est plus sacrée pour nous.

La pensée occidentale, lorsqu’elle pense le divin, pose son absolue transcendance. Toute pensée de l’immanence du Divin, lui apparaît suspecte d’animisme ou de mysticisme, incompatible avec le rationalisme. C’est pourquoi le philosophe Spinoza est apparu si éminemment hérétique.

Individualisme

Download PDF

L’individualisme est une valeur décriée, dénoncée, souvent confondue avec l’égoïsme. La montée de l’individualisme serait rendue responsable du délitement du lien social. Il serait le pire des maux qui frappent l’Occident, son « péché originel » en quelque sorte.

Ces accusations sont infondées et dénotent une analyse superficielle, faite de partis-pris.

L’individualisme est bien l’une des valeurs fondamentales de l’Occident, comme l’a bien vu Tocqueville et elle la conséquence du progrès de la liberté individuelle dans l’Histoire.

Certains historiens font naître l’individualisme comme conséquence de la démocratie athénienne.

Selon Jacques Rancière, «  la démocratie est née historiquement comme une limite mise au pouvoir de la propriété. C’est le sens des grandes réformes qui ont institué la démocratie dans la Grèce antique : la réforme de Clisthène qui, au VIe siècle av. J.-C., a institué la communauté politique sur la base d’une redistribution territoriale abstraite qui cassait le pouvoir local des riches propriétaires ; la réforme de Solon interdisant l’esclavage pour dettes. »

En effet, dans ce régime politique, après la réforme de Clisthène, chaque citoyen a une voix et les décisions se prennent dans l’ Ecclésia ou assemblée du peuple après examen dans la Boulè.

Cette société démocratique engendra un Socrate, qui, le premier interrogea le fondement des valeurs sur lesquelles étaient fondées la vie sociale athénienne.

Socrate est connu comme celui qui a amené la philosophie vers les choses humaines, alors que ses prédécesseurs (Empédocle, Héraclite …) faisaient de la philosophie de la nature ou de la métaphysique avant la lettre.

Le moment socratique constitue donc un moment de rupture dans l’histoire des idées. Il paya de sa vie sa liberté de conscience et son ironie. Ses successeurs furent les cyniques, comme Diogène qui n’hésitèrent pas à défier le pouvoir politique (anecdote célèbre du « Ôte toi de mon soleil »).

Est-ce la perte de la liberté politique sous la conquête macédonienne qui fit le succès de ces attitudes de replis sur soi, comme le suggère Hegel dans son analyse du stoïcisme ?

L’individualisme apparaît contradictoirement comme un accident de l’histoire ou comme la fin dernière de l’histoire (« constitution d’une société d’individus libres et égaux en droits »), mais cette fin dernière suppose un pouvoir politique totalitaire capable d’abolir toutes les différences. Plus l’égalité croît, plus la liberté diminue, comme l’a encore bien vu Tocqueville.

Cependant d’autres historiens font naître l’individualisme de la Réforme luthérienne : chacun est responsable personnellement de son Salut. Nul besoin de l’Église catholique, universelle et romaine et de ses sacrements pour être sauvé, seul compte l’acte de foi qui est une relation personnelle entre l’homme et le Christ.

Voyons les aspects positifs de l’individualisme : il affirme l’autonomie de l’individu, libéré des traditions étouffantes.
Cette autonomie n’est pas le triomphe du libre-arbitre, mais le triomphe de la raison.
Un individu autonome est maître de sa vie.
Il va de soi que les forces collectives vont tout mettre en œuvre pour faire barrage à ce désir d’émancipation : la famille en premier lieu, qui sous prétexte de liens affectifs, veut emprisonner l’individu dans des liens d’obligations et de devoirs.
Remède : traiter les membres de la famille comme n’importe quels autres membres de la société.
Pourquoi donner la prééminence à des liens de sang qui ne sont pas choisis ?
L’individualisme permet de rompre ces liens sans produire de sentiments de culpabilité; car la culpabilité est une reconnaissance de la dette comme le montre l’allemand schuld.
L’individualisme est le corollaire d’une société libérale dans laquelle les institutions doivent concourir à l’épanouissement de chacun.
Chacun en convient, nous sommes très loin d’une telle société libérale, qui apparaît désormais comme une utopie .

L’Occident

Download PDF

« Qu’est-ce qu’être occidental ? » demande Levinas dans Difficile liberté (p. 73 de l’édition de poche) en faisant un compte-rendu d’un recueil d’articles de Léon Brunschvicg publiés avant-guerre.
L’article a été publié pour la première fois en 1951 dans le numéro 17 de la revue Évidences.
La question n’a pas perdu de sa pertinence à l’heure de la mondialisation.
Mais pour répondre à la question posée, il aurait fallu définir d’abord l’Occident.
L’Occident est-il un concept ? Une idée ? Une réalité géo-politique ? Une aire socio-culturelle ? C’est tout cela à la fois, tant le terme est polysémique et polémique.
En effet, on ne peut définir l’Occident en tant que concept sans définir son Autre, ce qui n’est pas l’Occident, ce qu’il n’est pas.

Appelons l’Autre de l’Occident l’Orient et notons que cette manière binaire de poser les problèmes et de définir les concepts est déjà un héritage culturel caractéristique de l’Occident.

En effet, on pourrait utiliser le tétralemme de Nagarjuna pour poser le problème : cela donnerait quatre questions.

  • qu’est-ce que l’Occident ? (x)
  • qu’est-ce qui n’est pas l’Occident ? (~x – le ‘~’ est le symbole de la négation en logique)
  • qu’est que l’Occident et le non-Occident ? (x ^~x – ‘^’ symbole du ‘et’ logique)
  • qu’est-ce qui n’est ni l’Occident, ni le non-Occident ?

Pour simplifier les choses, contentons nous de définir l’Occident et le non-Occident en tant qu’aire culturelle. La culture, c’est ce qui impose une manière d’être, de penser, de percevoir la réalité aux membres qui la composent.

La culture occidentale s’appuie sur la civilisation grecque et sur la Bible.

Des philosophes grecs, nous avons reçu l’individualisme (« Ose penser par toi-même » disait Kant qui résume ainsi l’individualisme), le rationalisme (seul ce qui est établi de manière démonstrativement certaine est indubitable. Le reste tombe sous le coup du doute. Il ne faut donc pas se fier à ce que nos sens perçoivent. Cela a permis le progrès des sciences); la connaissance désintéressée, savoir pour assouvir le seul désir de savoir. Par contraste, les chinois ont inventé la poudre à canon, mais dans le cadre de recherches taoïstes sur l’immortalité.

De la Bible, nous avons hérité l’universalisme – donc la tendance à l’hégémonie – et la méfiance envers la culture de l’autre considérée comme satanique, ainsi qu’une téléologie de l’Histoire.

De par ces composantes culturelles, nous pouvons affirmer que la construction d’un monde multipolaire relève du vœux pieux, à moins que l’un des piliers de la civilisation occidentale ne soit détruit, à savoir le christianisme.

L’ère du vide

Download PDF

C’est le titre d’une série d’essais de Gilles Lipovetsky dont la première édition remonte à 1983 et qui furent largement prospectifs.

Il décrit en termes psychosociologiques les fondements des sociétés occidentalisées. Il s’agit d’étudier, sur la psyché de tous ceux qui y sont soumis, les effets de la société de consommation de masse. Il nomme ces effets « le procès de personnalisation ».

Cela produit l’hyperindividualisme, l’indifférence à tout ce qui ne touche pas sa sphère personnelle : « Notre temps n’a réussi à évacuer l’eschatologie révolutionnaire qu’en accomplissant une révolution permanente du quotidien et de l’individu lui-même : privatisation élargie, érosion des identités sociales, désaffection idéologique et politique, déstabilisation accélérée des personnalités … » (p.9 de l’édition de poche).

Le chapitre central est le chapitre III dont on pourra lire l’intégralité en cliquant sur le lien suivant : il s’agit d’analyser un des traits fondamentaux de la subjectivité contemporaine : le narcissisme.

Le narcissisme peut être défini rapidement comme l’amour immodéré de soi. Alors que les siècles passés, sous l’influence du christianisme, nous apprenaient que « le moi est haïssable », notre époque trouve au contraire dans la subjectivité le fondement de tout (C’est le fameux « je pense donc je suis » de Descartes), de l’être et du non-être, de Dieu, de la croyance, de la morale, du droit …

Le narcissisme est la conséquence directe du subjectivisme et de son corollaire sur le plan politique, l’individualisme : il s’agit pour chaque individu de développer ses potentialités, d’exprimer ce que chacun recèle au-dedans de lui.

Mais cette expression de soi n’existe que si elle est reconnue par l’autre : d’où cette contradiction insupportable du narcissisme qui ne peut exister que s’il est reconnu de l’autre ; d’où cette violence envers l’autre qui refuserait de reconnaître la souveraineté de Sa Majesté le Moi … D’où les pathologies du narcissisme comme la dépression, l’addiction, les conduites à risque pour dépasser les limites …

50 ans de culture individualiste a fini par mettre la planète sans dessus dessous : les limites des ressources naturelles sont atteintes. L’acidification des océans à cause des émissions de CO2 menace toute la chaîne alimentaire dans le milieu marin … Le dégel du permafrost libère du méthane dont les effets sur le réchauffement climatique est plus important que le CO2 …

Bref c’est une vraie catastrophe au sens de la théorie mathématique des catastrophes dont les effets sont irréversibles. On ne peut pas remonter le temps.

Aujourd’hui, nous payons collectivement – avec la double crise économique et écologique – le prix de cette liberté sans responsabilité, le prix d’un « monde sans limites », le prix d’un monde sans devoirs.

En effet vivre de manière individualiste et hédoniste, c’est vivre dans l’instant sans se soucier de l’avenir.

On ne peut fonder une morale hédoniste que sur des sensations de plaisir et de peine qui sont éphémères.

Les cigales commencent à se lamenter : « qu’avons-nous fait ? »

Les autres continuent à faire l’autruche ou à danser comme les passagers du Titanic pendant que le navire était en train de sombrer …

Ce site expose quelques cours pour les terminales générales du Baccalauréat français, et les textes de quelques conférences que j'ai pu faire devant un public adulte